Sommeil / Série · Comment naît le ronflement, partie 2
Ronflement et apnée du sommeil : la différence
Intermédiaire · 5 min de lecture · ■■■□ niveau de preuve modéré
Le ronflement et l’apnée du sommeil reviennent souvent dans la même phrase. Les deux partent du même endroit : la gorge qui se rétrécit pendant le sommeil, décrite dans la première partie. Mais ce qui se passe dans la gorge est différent.
Le ronflement : une vibration
Quand on ronfle, l’air passe par un conduit rétréci mais encore ouvert. Le voile du palais et les tissus qui l’entourent vibrent sous l’effet du flux d’air et produisent un bruit1. La respiration continue ; l’air arrive toujours aux poumons.
L’apnée du sommeil : une obstruction
Dans l’apnée du sommeil, la gorge se rétrécit davantage ou se ferme complètement. Cela se répète encore et encore au cours de la nuit. Le taux d’oxygène dans le sang peut baisser et le sommeil est haché2.
Si l’air ne passe plus du tout, on parle d’apnée. Si l’air passe mais en quantité nettement réduite, on parle d’hypopnée (une baisse partielle de la respiration). Dans les deux cas, l’épisode doit durer au moins 10 secondes3. Pendant un examen du sommeil, ces événements sont comptés et on calcule leur nombre par heure.
Quel lien entre les deux ?
Le ronflement et les pauses respiratoires sont des points différents d’un même éventail4. Mais ronfler ne veut pas dire avoir des apnées.
En Australie, on a mesuré à domicile le ronflement et la respiration de 294 hommes âgés de 40 à 65 ans5. Parmi les participants, 81 % ont ronflé pendant plus d’un dixième de la nuit5. Ceux qui avaient 5 événements respiratoires ou plus par heure représentaient 26 %5. Dans ce groupe, la plupart des ronfleurs n’avaient donc pas d’apnée.
D’un autre côté, le ronflement est l’un des signes les plus connus de l’apnée du sommeil2. Dans une grande étude américaine, une apnée modérée ou sévère était 3 à 4 fois plus fréquente chez les personnes qui disaient ronfler régulièrement ou fort6. Une personne qui ronfle peu peut aussi avoir des apnées5. En bref, le ronflement est un indice, pas une preuve.
Pourquoi est-ce important de les distinguer ?
Le ronflement est très fréquent et, la plupart du temps, il ne signale rien de grave7. Son effet principal peut porter sur le sommeil de la personne qui dort à côté. L’apnée du sommeil, c’est autre chose. Le sommeil haché peut entraîner une somnolence dans la journée et augmenter le risque d’accident au volant ; il est aussi probablement lié à l’hypertension artérielle2. C’est pourquoi distinguer les deux compte davantage que le volume du ronflement.
Peut-on le savoir au bruit ?
Le bruit du ronflement peut donner une indication, mais il ne suffit pas. Dans une étude, le ronflement devenait plus fort à mesure que l’apnée s’aggravait8. Malgré cela, les spécialistes ne jugent pas suffisant d’évaluer la gravité d’un ronflement à partir du seul son9.
Le diagnostic de l’apnée du sommeil demande un examen du sommeil (en anglais). Les questionnaires et l’examen clinique seuls ne servent pas à poser le diagnostic10.
Quand faut-il être attentif ?
Si certains signes accompagnent le ronflement, mieux vaut consulter un médecin. Ce sont une somnolence excessive dans la journée, des pauses respiratoires ou des épisodes de suffocation constatés pendant le sommeil, et une tension artérielle élevée10. Plus de détails dans When to see a doctor? (en anglais). Venir au rendez-vous avec quelqu’un qui t’a entendu ronfler peut aussi aider ; cette personne peut raconter ce qui se passe la nuit7.
Dans la dernière partie de la série, nous regardons ce qui augmente ou diminue le ronflement : Ce qui influence le ronflement.
Si quelqu’un a vu ta respiration s’arrêter pendant ton sommeil, si tu as très sommeil toute la journée ou si tu as une tension artérielle élevée, consulte un médecin. Avant ton rendez-vous · Centres du sommeil en Turquie
Pour aller plus loinmécanismes, études, limites
Selon les règles de codage de l’AASM, une apnée chez l’adulte correspond à une baisse d’au moins 90 % de l’amplitude maximale du signal du capteur thermique oronasal par rapport à la ligne de base précédant l’événement, pendant au moins 10 secondes3. Une hypopnée correspond à une baisse d’au moins 30 % du signal de pression nasale pendant au moins 10 secondes, associée à une désaturation en oxygène d’au moins 3 % ou à un éveil3.
L’IAH est le nombre d’apnées et d’hypopnées par heure de sommeil. Pour la sévérité, on utilise les seuils de 5, 15 et 30 événements par heure10,8. Le diagnostic de SAOS exige au moins 5 événements obstructifs par heure associés à des symptômes ou à une maladie associée, ou au moins 15 événements obstructifs par heure quels que soient les symptômes10,11. Les estimations de prévalence dépendent de la définition : avec la règle de désaturation de 4 % pour l’hypopnée et un IAH d’au moins 5 associé à des symptômes, on a rapporté 14 % chez les hommes et 5 % chez les femmes10.
Dans l’étude de Bearpark et de ses collègues (n=294, appareil à domicile), 22 % des participants ont ronflé pendant plus de la moitié de la nuit ; 10 % avaient un RDI d’au moins 105. La relation entre la durée du ronflement et le RDI était faible à modérée (rho 0,47)5.
Dans la Sleep Heart Health Study (n=5615, de 40 à 98 ans, PSG à domicile), le ronflement régulier, le ronflement fort et les pauses respiratoires fréquentes étaient associés à une probabilité 3 à 4 fois plus élevée d’avoir un IAH d’au moins 15 ; ces associations s’affaiblissaient avec l’âge6.
Maimon et Hanly ont montré, chez 1643 ronfleurs adressés en consultation, que l’intensité sonore passait de 46,3 ± 3,6 dB pour un IAH inférieur à 5 à 60,5 ± 6,4 dB pour un IAH supérieur à 50 (r=0,66)8. S’agissant d’un échantillon clinique, la généralisation à la population générale est limitée.
L’IAH donne le nombre d’événements ; il ne dit pas de combien ni pendant combien de temps l’oxygène baisse. Dans une étude présentée au congrès Sleep Europe 2026, sur 984 patients dont l’apnée du sommeil avait été confirmée par PSG, 880 avaient un IAH de 15 ou plus par heure, et seuls 199 d’entre eux (20,2 %) se trouvaient dans le groupe à charge hypoxique élevée12. Il s’agit d’un résumé de congrès, et il n’existe pas de seuil de charge hypoxique accepté par les recommandations. Les autres résultats du congrès : Sleep Europe 2026.
Sources
- Pevernagie D, Aarts RM, De Meyer M. The acoustics of snoring. Sleep Medicine Reviews. 2010;14(2):131-144. doi:10.1016/j.smrv.2009.06.002
- Jordan AS, McSharry DG, Malhotra A. Adult obstructive sleep apnoea. The Lancet. 2014;383(9918):736-747. doi:10.1016/s0140-6736(13)60734-5
- Berry RB, Budhiraja R, Gottlieb DJ et al. Rules for scoring respiratory events in sleep: update of the 2007 AASM Manual for the Scoring of Sleep and Associated Events. Journal of Clinical Sleep Medicine. 2012;8(5):597-619. doi:10.5664/jcsm.2172
- Gleadhill IC, Schwartz AR, Schubert N et al. Upper airway collapsibility in snorers and in patients with obstructive hypopnea and apnea. American Review of Respiratory Disease. 1991;143(6):1300-1303. doi:10.1164/ajrccm/143.6.1300
- Bearpark H, Elliott L, Grunstein R et al. Snoring and sleep apnea. A population study in Australian men. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine. 1995;151(5):1459-1465. doi:10.1164/ajrccm.151.5.7735600
- Young T, Shahar E, Nieto FJ et al. Predictors of sleep-disordered breathing in community-dwelling adults: the Sleep Heart Health Study. Archives of Internal Medicine. 2002;162(8):893-900. doi:10.1001/archinte.162.8.893
- NHS. Snoring. https://www.nhs.uk/conditions/snoring/
- Maimon N, Hanly PJ. Does snoring intensity correlate with the severity of obstructive sleep apnea?. Journal of Clinical Sleep Medicine. 2010;6(5):475-478. doi:10.5664/jcsm.27938
- Carrichon H, Favier V, Cammaroto G et al. Definition of severity, management, and follow-up of isolated snoring in adults: An international consensus. European Annals of Otorhinolaryngology, Head and Neck Diseases. 2026;143(4):281-290. doi:10.1016/j.anorl.2026.04.001
- Kapur VK, Auckley DH, Chowdhuri S et al. Clinical Practice Guideline for Diagnostic Testing for Adult Obstructive Sleep Apnea: An American Academy of Sleep Medicine Clinical Practice Guideline. Journal of Clinical Sleep Medicine. 2017;13(3):479-504. doi:10.5664/jcsm.6506
- American Academy of Sleep Medicine. International Classification of Sleep Disorders, Third Edition, Text Revision (ICSD-3-TR). American Academy of Sleep Medicine. 2023. https://aasm.org/clinical-resources/international-classification-sleep-disorders/
- European Sleep Research Society. Oral Sessions: Abstracts of the 28th Congress of the European Sleep Research Society (Sleep Europe 2026). Journal of Sleep Research. 2026;35(S1). doi:10.1111/jsr.70434
Citer
APA 7
Nefesly. (2026, octobre 29). Ronflement et apnée du sommeil : la différence Nefesly. Consulté le: 30 octobre 2026, https://nefesly.com/fr/guide/ronflement-et-apnee-du-sommeil-la-difference/
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Corrections
- 2026-10-29: Version française publiée.
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